26.02.26
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28.03.26
La Mémoire de l’Arbre / (archives)
Plonger au cœur de l’arbre, c’est peut-être accéder à sa mémoire. La connexion entre ses 500 formes, la relation qui unit chaque sculpture, naît de l’entrelacement même de sa matière. Cette « mémoire de la matière » est une archéologie intime : celle que les éléments et les aléas ont figée dans le temps.
Mais cette intuition soulève des questions : en cherchant cette mémoire, suis-je un archéologue qui révèle une histoire inscrite dans le bois, ou un artiste qui en crée une nouvelle par ma fragmentation même ? Les 500 formes sont-elles les fragments d’un tout originel que je dissèque, ou deviennent-elles, une fois séparées, des entités autonomes tissant leur propre réseau de sens ?
Cette alternative – révéler ou créer – pourrait être une fausse question. Car dans le geste même de couper, les deux mouvements se confondent : je suis le bois, j’écoute sa résistance, je négocie avec ses veines. Le protocole que j’invente n’est pas un cadre imposé de l’extérieur, mais une écoute structurée – une manière de maintenir le dialogue ouvert avec la matière au lieu de la soumettre.
Instinctivement, j’embrasse cette idée. J’y introduis une forme mathématique peut-être une géométrie intuitive ou une topologie des forces pour guider la déconstruction. Ce protocole est-il un cadre rigoureux ou le rituel méditatif de mon geste ? La numérotation qui en résulte est-elle un simple inventaire, ou fait-elle partie de l’œuvre, devenant un langage codé qui ordonne le chaos ? Un brin vertigineux.
La géométrie devient ici les deux à la fois : rigueur et rituel ne s’opposent pas, ils se renforcent, je répète le geste jusqu’à ce qu’il devienne liturgie de l’attention. La numérotation n’est pas un simple inventaire, elle est un système de coordonnées affectives, une carte qui indexe non des objets mais des positions dans un champ de virtuel. Elle devient partition autant que nomenclature. Alors, le cycle reprend, à la fois enquête et cérémonie : je coupe, j’observe, je trace. Je coupe, je numérote. Et encore. Chaque entaille est une question posée au bois, et chaque fragment, une réponse qui attend son dialogue avec les autres.
Mais dès leur séparation, dès leur numérotation et leur dispersion dans l’espace, ils deviennent constellation. La relation à Canopus.
Leur relation n’est plus de contiguïté, mais de résonance à distance. Les 500 formes ne reconstituent pas l’arbre, elles en déploient la mémoire dans un nouvel espace, où chaque pièce dialogue avec les autres selon des lois que je découvre en les créant.
Cette répétition du geste, couper, observer, tracer, numéroter n’est pas obsession mais méthode de pensée.
Je pense par la répétition, comme un musicien par ses gammes, une écholalie artistique.
L’œuvre finale, les 500 formes ensemble ne résoudra pas ces questions. Elle les cristallisera. Elle les rendra visibles comme autant de moments où l’arbre et moi avons négocié, où la matière a parlé et où ma main a répondu.
Et peut-être documentera-t-elle aussi les accidents ces instants où le bois se fend autrement que prévu, où le protocole rencontre sa limite, où l’arbre reprend soudain la parole pour me rappeler que je ne suis pas seul dans ce dialogue, j’en reviens à l’erreur positive, qui dévoilera ça que l’arbre est : l’œuvre lui même.
Forma500 puise dans Canopus une grammaire géométrique pour écrire la mémoire d’un arbre. 500 formes abstraites, poétiques, où l’arbre ressuscite en géométries silencieuses, où le vide devient une entité perceptible. L’arbre devient un manifeste vivant : dialogue entre l’organique et l’abstrait, entre la mémoire du temps et l’intemporalité de la forme, entre le plein de la matière et le vide qui la structure.