No Hard Feelings

Solo show — Jon Burgerman

17.11.22

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07.01.23

Première exposition solo en France, quelles ont été tes premières pensées lorsque la Galerie Slika t’a invité ?

J’étais très heureux. J’ai exposé à la Galerie Slika pour une exposition collective intitulée «Caterpillar» en 2021, organisée par les artistes Mon Colonel et Spit. Nous avons depuis entretenu d’excellentes relations avec la galerie. Fin 2021, nous avons réalisé un print grand format pour l’évènement « ALL ABOUT PRINT » et nous avons pensé qu’une exposition solo serait une belle étape à franchir ensemble.

« No Hard Feelings » quelle est l’histoire derrière ce titre ?

Le titre «No Hard Feelings» peut signifier plusieurs choses :

Premièrement, c’est une phrase que l’on peut dire quand quelqu’un s’excuse et que l’on répond «ne t’en fais pas». Ou lorsque vous avez eu un conflit, un désaccord, une dispute avec quelqu’un et que vous voulez désamorcer la situation en disant que tout va bien maintenant.

Deuxièmement, mon travail met en scène de nombreux personnages dans différents états émotionnels, le titre pourrait donc être pris plus littéralement par rapport aux expressions dans les peintures. No « hard Feelings » pourrait être interprété comme le fait que tous les sentiments sont valables, qu’aucun n’est «mauvais», qu’ils sont tous naturels et bons à vivre et à exprimer.

Troisièmement, la texture de mon travail est douce. Le titre est aussi un léger jeu de mots sur l’esthétique douce, floue, brouillée que j’utilise, que les sentiments montrés dans l’œuvre sont tous rendus d’une manière douce.

Enfin, Je pense avoir une partie de ma personnalité assez « fataliste ». Peut-être que le monde est sur le point de brûler et que nous sommes incapables de changer quoi que ce soit. Peut-être que je dis «No Hard Feelings» en tant que partie de l’humanité, que la façon dont les choses sont en train de se dérouler est juste ce qui doit se passer. Ce qui est amusant, c’est que même si c’est une vision sombre, cela me permet d’être positif et de me libérer de toute préoccupation. Je pense que mon travail est porteur de cette dualité ; il semble brillant, coloré et optimiste, mais c’est uniquement parce que je n’ai aucune foi en la longévité de l’humanité. Peut-être cela remonte-t-il à mes ancêtres qui ont fui la Pologne pendant la seconde guerre mondiale. Serait-ce dans mon ADN de gérer les traumatismes et le stress avec humour et distraction ?

Comment as-tu pensé, voulu occuper l’espace de la galerie ?

Je voulais donner à mes peintures un moyen d’être vues facilement et ensuite essayer une approche très expérimentale sur mes dessins. Je suis très inspiré par l’animation, je considère souvent mes œuvres comme des «images en mouvement». J’ai voulu faire référence à l’histoire « des movings pictures », et avec elle, aux premiers contes. Il y a également dans mes œuvres un hommage malicieux aux peintures rupestres que l’on trouve dans le sud-ouest de la France. Les dessins de l’exposition seront présentés dans une salle séparée. Au lieu d’utiliser des feux de camp pour éclairer les images et leur donner l’impression de bouger, j’utiliserai le genre de lumières que l’on trouve dans une boîte de nuit. En changeant rapidement la teinte de la lumière dans l’espace, les dessins sembleront momentanément animés et vivants.

Quelle est ta démarche artistique, d’où vient ton inspiration ton imaginaire ?

J’ai beaucoup d’inspirations différentes dans ma tête qui me viennent en même temps. J’essaie de travailler librement, intuitivement et de laisser les liens entre ce qui m’intéresse se faire naturellement. Je n’essaie pas de faire une œuvre sur « quelque chose ». Je fais simplement une création et, au fur et à mesure que je la crée, l’œuvre elle-même me révèle pourquoi je la fais. Au fur et à mesure que je vois les liens, je peux m’appuyer davantage sur eux et continuer à les explorer. Je n’aime pas concevoir entièrement des pièces pour les exécuter ensuite, comme si c’était une sorte d’exercice de production. Pour moi, la planification et la réalisation doivent avoir lieu à peu près en même temps et se nourrir l’une l’autre.

Tu utilises beaucoup de médiums dans ta pratique artistique, est ce qu’il y en a un en particulier que tu adores, plastique ou virtuel ? pourquoi ?

J’aime tout simplement faire des marques, que ce soit à l’encre, à la peinture ou même numériquement. Il n’y a rien de plus excitant pour moi que de poser les premières marques sur une toile (ou un morceau de papier) et de découvrir où le travail va me mener.

Tes personnages sont très variés et colorés qu’est-ce qu’ils représentent ?

Ils nous représentent tous, ou sont une réfraction de mes nombreux moi. Je ne pense pas qu’un artiste puisse se détacher de l’œuvre qu’il crée. Pour moi en tout cas, faire de l’art est une activité impliquante et personnelle. Mais parfois, je regarde mes peintures, surtout celles qui sont remplies de personnages, et je vois les rues animées de NY, les gens entassés dans des espaces restreints, chacun se disputant une place et essayant d’être vu, entendu et reconnu.

Quelle vision du monde tu as envie de retranscrire dans tes œuvres ?

Je pense que ces œuvres montrent comment je vois le monde. Il est en désordre, il est chaotique, il est occupé, il est encombré, il est coloré, il est étonnant, il est beau et il mérite d’être préservé.

Crédit photo — Ghislain Mirat