The good you do will follow you

Duo show — Wes Lang & Julien Jaca

27.11.25

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10.01.26

The good you do will follow you est un duo show inédit qui réunit pour la première fois les artistes Julien Jaca et Wes Lang. Au-delà d’un dialogue entre deux pratiques artistiques et entre deux continents, cette exposition nous parle d’une rencontre et de deux chemins empruntés qui puisent à la même source. 

On le sait, l’histoire de l’art se construit en vases communicants. C’est un espace-temps au sein duquel les pratiques artistiques s’influencent, se nourrissent et s’hybrident. Il n’est pas rare que des artistes développent des affinités faites de cultures partagées, mais il est toujours curieux de voir comment ces mêmes références s’expriment individuellement.

Wes Lang est l’un des artistes qui a le plus influencé la carrière de Julien Jaca. C’est la découverte de son œuvre qui l’encourage à basculer du monde du tatouage vers celui de la peinture. Grand admirateur de sa liberté de composition et de l’expressivité de ses toiles, Jaca considère Lang comme l’un de ses modèles. 

Artiste prolifique américain affilié au courant post-pop, Wes Lang débute sa carrière dans l’univers du tatouage, puis aborde la peinture en autodidacte. Artiste désormais reconnu à l’international, il multiplie les collaborations avec de grands noms de la musique tels que Kanye West ou The Grateful Dead. Son travail est exposé dans le monde entier, notamment à New York (galerie Almine Rech), à Londres (galerie Newport Street) ou encore à Copenhague (ARoS Aarhus Kunstmuseum), et fait partie des collections du MoMA. 

Ses œuvres puisent dans une iconographie qu’il n’a jamais délaissée. D’innombrables “héros” du folklore ouest-américain peuplent ses toiles, des icônes de la musique rock et jazz aux figures du peuple amérindien. Elles incarnent tout à la fois l’identité d’un pays mais aussi les symboles d’une contre-culture, images de survivance dans une société qui tend à broyer les minorités culturelles autant qu’elle prône des valeurs de liberté individuelle. 

Dans la série sur papier exposée à la galerie Masurel, on retrouve les fameux squelettes mis en scène à l’encre noire, vanités universelles scandant des phrases philosophiques qui semblent être autant de réflexions sur le monde que de pensées personnelles imprégnées du Tao. Wes Lang est en effet un grand adepte des enseignements issus de la philosophie orientale et accorde à la spiritualité une place centrale dans son processus artistique. La noirceur de l’encre se répand en coulures et accueille en son sein les figures habituelles de l’artiste : les pin-up, crânes et autres images vintage d’un univers fait de totems, que l’on retrouve également dans l’œuvre de Julien Jaca. Tout cela se matérialise dans un ensemble très personnel, un espace de liens entre des univers symboliques et iconographiques constitutifs de son identité profonde.

Les images dans les compositions de Jaca se font plus discrètes et invitent à une approche en plusieurs étapes. Ses peintures-paysages s’apprécient autant pour leurs harmonies abstraites que pour ce qu’elles dissimulent. Julien Jaca partage avec Wes Lang cette culture du tatouage old school et de son iconographie. Il puise autant dans le cinéma, la musique, les vieux ouvrages difficiles à débusquer que dans les méandres d’Internet pour s’entourer de références visuelles symboliques et sensibles. Si les squelettes et autres attributs apparaissent dans une seconde lecture dans cette série de grandes toiles, l’artiste n’y renonce pas pour autant. On perçoit, sous la peinture à l’huile ultra diluée à la térébenthine, des fantômes ou apparitions d’un univers qui se révèle autant qu’il se dissimule. Et si l’on s’approche encore pour aller sonder la matérialité de l’œuvre, c’est tout un microcosme de signes et de veinures qui se dévoile et semble livrer encore d’autres informations. 

Cette manière d’être habité par un sujet, par ses images, est l’un des points communs que partagent les deux artistes, bien que le résultat soit très différent. On perçoit la même fluidité, que l’on pourrait appeler confiance ou sérendipité, dans leur processus artistique. En se connectant aux figures qui les habitent, les deux artistes, de superpositions en recouvrements, se laissent aller sur un chemin d’action dont l’issue n’est pas toujours connue.

Dans le travail de Jaca, la place laissée à la liberté d’expérimentation est centrale et son œuvre se métamorphose au contact du monde et des nouvelles références qui le nourrissent. De la période des fleurs, très influencée par les travaux de Cy Twombly ou encore d’Henri Matisse, il reste les coulures, une certaine gamme colorée oscillant entre le noir et les couleurs néon, et le même rapport à l’expérimentation. Les outils de Julien ont évolué : les pinceaux greffés à de grands manches ont disparu pour laisser place à un rapport plus direct à la toile. La peinture à l’huile, détournée de ses propriétés initiales, est ici exploitée pour sa capacité à laisser entrevoir, pour sa fluidité. L’artiste, en la diluant à l’extrême, lui permet d’atteindre d’autres états. La toile est ensuite divisée en son centre et la peinture répandue lentement à l’aide de seaux, de part et d’autre de la ligne médiane. L’urgence des premières peintures laisse place à une attitude plus méditative : le choix de l’huile, de fait, impose une lenteur, de l’attente, pour percevoir le résultat final. 

L’une des autres caractéristiques de l’œuvre de Jaca s’incarne dans sa capacité à accepter l’aléatoire. Le lâcher-prise qui s’opère au sein de l’atelier permet autant d’échecs que d’heureux événements. Tout au long de ce processus créatif, qui le conduit à déverser la peinture en coulures, parfois à même le sol, la matière s’accumule et suit son propre cours. Les cartons dont il se sert pour protéger le sol agglomèrent la peinture et ses couleurs pour former des ensembles aléatoires. Cette matière est alors prélevée par l’artiste pour être ensuite incorporée aux toiles, dans un cycle de réemploi et de transformation continue.

Dans l’œuvre de Jaca autant que dans celle de Lang, on perçoit ce dialogue permanent entre vie et création, l’une influençant l’autre de manière égale. Leurs travaux accueillent le mouvement dans son sens le plus large, en tant que symbole de vie et d’acceptation. 

La collaboration entre les deux artistes s’inscrit dans un geste de transmission. Quand Jaca propose à Lang de partager l’espace d’une exposition pour créer un dialogue entre leurs travaux, il se trouve surpris de la facilité avec laquelle ce dernier accepte l’invitation. À l’époque de ses débuts, Wes Lang se souvient avoir été encouragé lui aussi par un artiste plus confirmé. The good you do will follow you. Rendre ce qui a été donné, encourager le mouvement et la création.

Cette exposition incarne le dialogue fécond qui se crée entre les formes artistiques et les artistes, et célèbre la créativité nourrie du dialogue et de l’expérimentation, pour trouver sa propre voix.